Revue

Le consentement : sexualité, identité de genre et expression de la sexualité

I) Le cadre, l'objectif

L'idée de l'exercice que j'ai proposé lors des journées des Nouvelles Pratiques de Philosophie qui se sont tenues à l'Université de Genève en novembre 2019, vient d'une expérience que j'ai tentée avec les étudiants de 3e année de la Haute École de Travail Social de Fribourg (HETS-F). Dans le cadre d'un module intitulé "Sexualité(s), identité de genre et expression de la sexualité : enjeux pour les travailleuses et travailleurs sociaux", il m'avait été demandé de leur présenter la pratique du dialogue philosophique, afin de l'évaluer comme outil possible d'animation dans leur domaine. Dans ce cadre, au vu du nombre de participants (une trentaine d'étudiants) et en rapport avec le thème de la sexualité, j'ai eu envie, après avoir introduit les notions sur la pratique du dialogue philosophique, de les faire réfléchir à la notion de "consentement". De nombreux articles ont été écrits sur le sujet, mais avant de partir d'un texte, je voulais passer par une expérimentation corporelle et émotionnelle afin de déclencher la réflexion et le questionnement sur ce qui peut être ressenti et sur ce qui s'est passé.

L'intention était de se rapprocher de l'expérience personnelle et collective pour mieux être en position de la questionner. Cela permet aussi de se tenir à distance des généralités, des présupposés et des préjugés que l'on peut avoir sur le sujet.

Un article sur le consentement positif m'a permis de me préparer au sujet et m'a aidée à définir un plan de discussion : "La révolution du "oui", article de Manon Garcia paru dans le Philosophie Magazine n° 116.

II) L'animation

Jeu-expérimentation portant sur le consentement.

Tous dans l'espace, on se déplace en se regardant puis on se choisit par deux. Comme au jeu "papier, caillou, ciseaux", on compte 1,2,3 puis on montre avec sa main le signe choisi.

Deux doigts dirigés vers les yeux : on se regarde dans les yeux la main ouverte dirigée vers l'autre : on échange une poignée de main les bras ouverts : on prend l'autre dans les bras.

Deux possibilités :

  • Soit on dit dès le départ que l'on doit obligatoirement choisir la proposition la moins contraignante. La réflexion étant que le consentement passe par l'acceptation de la proposition de celui qui a donné la proposition la plus restrictive. On interroge les ressentis de ceux qui ont dû se soumettre alors qu'ils n'en voulaient plus.
  • Soit on ne le dit pas et on laisse les participants chercher un mode de fonctionnement par eux-mêmes. Puis on les interroge sur comment ils ont mené le jeu, quelles règles ils ont mis en place et les arguments développés pour les justifier.

C'est cette deuxième approche que j'ai choisie pour mener le jeu.

On nomme des observateurs qui restent en dehors puis qui alternent afin que chacun puisse participer au jeu.

Une fois qu'on a joué le jeu, les participants réfléchissent en petits groupes à une question en lien avec l'expérimentation. On procède à la cueillette des questions, on en choisit une et on commence la discussion.

Puis à la fin de la discussion, on prend le temps d'écouter le retour des observateurs et des participants.

III) La discussion

La discussion menée ainsi après la participation au jeu a produit un grand nombre de questions en rapport au vécu et à son ressenti mais aussi en rapport au processus. Que se joue-t-il lors d'une rencontre entre deux personnes ? Que met-on en place pour être en relation ? Comment peut-on savoir les besoins et les attentes de l'autre et comment arrive-t-on à se positionner clairement en rapport avec ses propres ressentis. Selon quels schémas a-t-on pris l'habitude d'évoluer ? Le genre auquel on appartient joue-t-il un rôle, et si oui lequel ? On questionne les normes, les limites, la notion de pacte, de contrat, de ce qui est tacite ou exprimé... et aussi on met en question le fait d'avoir accepté de jouer à ce jeu sans en connaître à l'avance l'objectif ! Le rapport d'autorité entre le professeur et les étudiants a-t-il été un facteur déterminant ?

Évidemment toutes sortes d'autres questions peuvent émerger d'un autre groupe de participants.

IV) Le procédé

Lorsque je suis en charge d'une animation philo, je suis particulièrement attentive au contexte dans lequel je vais devoir pratiquer, et au public, ainsi qu'au sujet que nous allons aborder. Venant du théâtre, ou l'engament du corps va de pair avec celui de la parole, et pratiquant quotidiennement l'improvisation, j'essaie à chaque fois de trouver ou d'inventer le support adéquat adapté au type d'intervention demandé. Cela peut être un article, une image, un dessin, une oeuvre d'art, une pièce de théâtre, un extrait de film, une chorégraphie à exécuter, une chanson, un poème, un jeu d'improvisation ou de sociométrie, une expérience sensorielle, etc. L'idée étant de rester créatif.

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