Revue

10ème rencontre sur les nouvelles pratiques philosophiques (UNESCO, Paris, 17 et 18 novembre 2010)

Compte rendu des travaux

Compte rendu des travaux

La 10ème Rencontre sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques (NPP), organisée par l'association Philolab (site www.philolab.fr), avec le soutien de l'Iufm de Créteil/Upec et la revue sciences humaines, s'est tenue pour la 4ème année consécutive à l'Unesco, avec le soutien intellectuel et logistique de cette organisation 1. Le programme, disponible sur le site www.rencontrespratiquesphilo.org , proposait :

  • des démonstrations de pratiques avec les enfants (selon les méthodes de l'AGSAS, de M. Lipman et de Michel Tozzi) ;
  • des activités avec les adultes (consultation philosophique, coaching philosophique, dilemmes moraux, avec notamment Isabelle Millon et Oscar Brenifier...) ;
  • de nombreuses communications sur ces nouvelles pratiques à l'école et dans la cité (que l'on pourra trouver sur un CD édité par l'Iufm de Créteil/Upec, certaines d'ailleurs publiées dans Diotime).

Mais la nouveauté cette année résidait dans le compte rendu en plénière des six groupes de travail mis en place par Philolab (site www.philolab.fr), et de plusieurs réunions sur ces différents chantiers pendant la rencontre, leur travail se poursuivant jusqu'au prochain colloque 2011 pour approfondir la réflexion dans ces domaines.

On trouvera ci-dessous un compte rendu de ces groupes de travail.

1) Groupe de travail sur le cursus et la progressivité en philosophie du début de l'école primaire à la fin du secondaire

Contact pour participer à ce groupe : michel.tozzi@orange.fr Site : www.philotozzi.com

Le chantier "cursus" de Philolab, animé par Michel Tozzi, a pour objectif de produire une réflexion sur un cursus philosophique de la maternelle à la fin du secondaire. Un texte de sa problématique a été publié dans Diotime n° 44. Il tente de répondre à une demande de l'Unesco faisant suite à l'ouvrage de 2007 La philosophie, une école de la liberté, et vise à alimenter les recommandations de l'Unesco pour la promotion de la philosophie à ses pays membres.

C'est une problématique d'actualité dans une perspective d'élargissement de l'apprentissage du philosopher dans les systèmes éducatifs, comme le préconise l'Unesco. Mais c'est aussi une question de fond pour une didactique de l'apprentissage du philosopher, parce qu'elle pose notamment la question de sa progressivité.

Le groupe, international et francophone, est constitué d'enseignants, de formateurs, de chercheurs intéressés par cette question. Il s'est alimenté notamment de contributions théoriques, qui sont publiées dans Diotime pour stimuler publiquement la réflexion. À titre d'exemples, citons celles de :

  • Rémy David (professeur de philosophie de la fin du collège français à la terminale, Diotime n° 45) ;
  • Marie-France Daniel (Université de Montréal, Québec, qui s'inscrit dans le courant lipmanien : texte sur les principes pour une progressivité) ;
  • Jean-Charles Pettier (Professeur de philosophie IUFM de Créteil : la progressivité : questions, principes, exemplification sur les journaux de maternelle et primaire Pomme d'Api et Astrapi) ;
  • Sylvie Queval (Université de Lille 3 : une conception spiralaire de l'apprentissage du philosopher) ;
  • Emmanuelle Auriac (Université de Clermond-Ferrand : la progressivité de 6 à 11 ans, exemples d'entretiens sur la mort). Ces quatre dernières contributions ont été publiées dans Diotime n° 46, avec un texte de l'Acireph sur différents modèles possibles de progressivité ;
  • S. Heinsen (professeur de philosophie à la Haute Ecole de Fribourg : perspectives pour l'école primaire en Suisse) ;
  • Jacques Le Montagner (professeur de philosophie, doctorant) : l'accompagnement d'un apprentissage progressif de l'élève de classe terminale.
  • Marie Kerhom (professeur en lycée professionnel, doctorante sur la philosophie en LP : pour une extension de la philosophie en lycée professionnel).

Ces trois textes sont publiés dans Diotime n° 47, ainsi que celui de Etienne Haché (professeur à l'Université de, Canada), sur la philosophie de l'éducation qu'implique une progressivité.

D'autres contributions, nationales et internationales, sont attendues (ex : Pierre Lebuis, professeur à l'Université du Québec à Montréal : la progressivité dans le nouveau cours d'éthique et de culture religieuse ; Michèle Coppens, inspectrice de morale en Belgique : la progressivité dans le cours de morale laïque belge ; Michèle Sillam : la progressivité dans la méthode Agsas des ateliers philo selon J. Lévine etc.).

Le programme pour 2010-2011 est le suivant :

  • recevoir d'autres contributions sur la question, et les faire connaître ;
  • animer des échanges à l'intérieur du réseau ;
  • travailler à partir du rapport d'étape de novembre 2010, qui dégage 11 pistes à approfondir, qui ontété proposées au colloque ;
  • être particulièrement attentif à la question du primaire, priorité de l'Unesco ;
  • établir un document de synthèse et de propositions pour le prochain colloque sur les NPP (nov. 2011), puis pour l'Unesco.

Les analyses porteront :

  • sur l'existant, pour voir comment la question est institutionnellement résolue : progressivité sur une année (terminale française) ; ou quand il existe des programmes sur plusieurs années (ex : le cours d'éthique québécois ou le cours de morale laïque belge durant toute la scolarité ; les trois ans de philosophie dans le secondaire en Italie, les deux en Espagne, Portugal, Algérie, Burkina Faso etc.) ;
  • sur des expérimentations, pour voir comment la question est abordée par les praticiens. Ex : en France, les expériences au primaire, particulièrement en classe unique ; au collège, en seconde et première ; dans des établissements expérimentaux du type CLEPT à Grenoble, l'expérimentation officielle en lycée professionnel etc. ;
  • sur du souhaitable. Ex : penser en France une articulation possible seconde/première/terminale ; étendre la philosophie en lycée professionnel : quels programmes ? Quelles épreuves ? etc.

Il s'agit donc de penser à la fois des principes généraux de progressivité en philosophie, des pistes concrètes pour les pratiques, et des projets d'institutionnalisation.

2) Groupe de travail Philoécole : axes de recherche et de réflexion

Ce groupe est animé par Edwige Chirouter, professeur-formatrice de philosophie à l'Iufm des Pays de la Loire, docteur en sciences de l'éducation. Contact : edwige.chirouter@wanadoo.fr

La pratique de la "philosophie à l'école primaire" se développe dans le monde depuis maintenant plus d'une quarantaine d'années. Si Epicure et Montaigne préconisaient déjà en leur temps ces pratiques, c'est surtout grâce aux travaux du philosophe M. Lipman dans les années 1970 qu'elles ont pu se concrétiser et se développer. Les "Discussions à Visée Philosophique" prennent désormais partout dans le monde des formes diverses, répondent à des enjeux pluriels et continuent de susciter de nombreuses controverses.

La philosophie à l'école s'inscrit dans deux grandes problématiques philosophiques :

- Une première problématique existentielle et anthropologique, car elle permet de reconnaître derrière l'élève (même le plus en difficulté) un sujet digne d'écoute, de respect, de parole et de pensée. C'est ainsi tout le regard sur l'enfant qui est bouleversé par la mise en place de ces pratiques.

- Une seconde problématique d'ordre politique, qui voit dans ces pratiques l'occasion de former dès le plus jeune âge des citoyens éclairés, capables de jugement critique et de regards lucides et réflexifs sur le monde. La philosophie avec les enfants est alors une activité humaniste et militante (au sens le plus noble du terme), qui vise le développement de la démocratie et de ses Lumières.

Ainsi trois " courants ", qui inventent chacun des façons spécifiques d'apprendre à philosopher dès l'école maternelle, se sont constitués, répondant chacun plus spécifiquement à ces deux problématiques:

- Le courant "psychanalytique", inspiré par le psychanalyste français J. Lévine, qui met l'accent sur la nécessité pour l'enfant de se découvrir comme "sujet-pensant", porteur, en tant qu'être humain, d'interrogations métaphysiques fondatrices de sa condition. Les questions que l'enfant se pose ne sont pas des questions "pour les grands", comme le lui renvoient trop souvent les adultes, mais il peut et doit s'en emparer dans un espace de parole libre et authentique. C'est cette spontanéité philosophique des enfants que l'on voit magnifiquement à l'oeuvre dans le documentaire Ce n'est qu'un début, sorti en salle en novembre 2010.

- Le courant "éducation à la citoyenneté", porté essentiellement par des enseignants issus du mouvement de l'Éducation Nouvelle (la pédagogie Freinet par exemple en France et de la tradition pédagogique plus largement inspirée de la philosophie de Jean-Jacques Rousseau). Ce courant insiste sur l'aspect démocratique des échanges philosophiques et sur les fonctions que peuvent occuper les élèves pendant ces discussions (président de séance, reformulateurs, journalistes, reformulateurs, etc.). Les objectifs prioritaires de ce courant sont ainsi d'apprendre à débattre ensemble démocratiquement et de prévenir toute forme de violences.

- Enfin, le courant "philosophique" qui insiste sur les exigences intellectuelles inhérentes au discours philosophique (conceptualiser, problématiser, argumenter), et vise à réinventer des formes d'enseignement précoces de cette discipline.

Ces trois courants ne sont cependant pas cloisonnés et ces trois dimensions (psychanalytique, démocratique et philosophique) peuvent bien sûr s'articuler.

Mais si ces pratiques répondent toutes justement au besoin de démocratisation d'une discipline scolaire jugée trop souvent comme hermétique et élitiste, elles bouleversent aussi complètement les représentations traditionnelles de son enseignement, cantonné en France, (comme dans d'autres pays dans le monde) à la seule classe terminale des lycées généraux et technologiques (mais pas professionnels) et suscitent ainsi encore de nombreuses controverses. En quoi ces pratiques avec de si jeunes élèves peuvent-elles être véritablement philosophiques ? Les enfants sont-ils capables de philosopher ? Quels dispositifs mettre en place ? Quels supports utiliser ? (La littérature de jeunesse notamment, comme les albums ou les petits manuels de philosophie pour enfants). Je souligne d'ailleurs la présence dans le chantier "Philoécole" d'auteurs de littérature de jeunesse comme Claude Ponti (célèbre auteur en Europe et qui a répondu à notre appel), Brigitte Labbé (co-auteure des Goûters philo) ou Michel Piquemal (auteur des Philofables). Il est tout à fait significatif qu'une véritable littérature philosophique pour enfants ait pu se développer ces quinze dernières années et que des auteurs, des éditeurs (Milan, Gallimard, Les Éditions du Cheval Vert qui éditent des adaptations des mythes de Platon), la presse jeunesse (Bayard, Philéas et Autobule présents parmi nous), aient la volonté de sensibiliser les enfants à des questions philosophiques complexes, et font ainsi le pari de l'éducabilité philosophique de leur très jeunes lecteurs. Ce développement et ce succès d'une littérature philosophique pour enfants est un phénomène tout à significatif et sur lequel le chantier Philoécole pourra s'appuyer pour mener ses travaux et ses réflexions.

Autres questions essentielles pour le chantier : quelle place et quelles fonctions pour le maître ? Une progressivité de ces pratiques de la maternelle à l'université est-elle envisageable et sous quelles formes ? Quelle formation pour les professeurs ? Faut-il demander l'institutionnalisation dans les programmes scolaires de ces pratiques ou leur laisser le dynamisme et la vivacité de l'innovation pédagogique ? Toutes ces questions rejoignent ainsi les autres chantiers mis en place par l'association Philolab, avec lesquels nous aspirons à travailler en étroite collaboration.

Ce 10ème anniversaire des rencontres sur les "Nouvelles Pratiques philosophiques" est pour nous l'occasion de faire le point sur le développement, les succès, les apports mais aussi les impasses et les difficultés rencontrées par les acteurs, les praticiens, les chercheurs du mouvement en France et dans le monde. Car si en France par exemple les programmes de l'école primaire en 2002 avaient impulsé l'essor de ces pratiques (grâce à l'introduction d'un programme de littérature très ambitieux, et préconisant des débats réflexifs sur la portée des oeuvres et la mise en place d'une demi-heure de débat dès la maternelle), ceux de 2008, en plus de la suppression du samedi matin, rendent beaucoup difficile la mise en oeuvre concrète d'ateliers de philosophie dans les classes. Ce problème, particulier à la France, est à relativiser par rapport à la situation d'autres pays dans le monde, où la scolarisation même des enfants n'est pas acquise et où la démocratie n'est encore qu'un espoir. Il faudra pour le chantier Philoécole tenir compte de toutes les situations politiques particulières.

Trois axes de travail pourront ainsi être prioritairement définis pour le Chantier :

- Axe politique. La réflexion menée devra s'inscrire dans une réflexion politique plus générale sur le sens de l'école publique aujourd'hui. Dans une société libérale où prime de plus en plus les lois et les valeurs de l'économie marchande et de l'hyperconsommation, comment défendre et légitimer ces pratiques innovantes fondées sur des valeurs humanistes issues des Lumières ? "L'enfant hypermoderne" (pour reprendre l'expression de G. Lipovetsky) est sollicité constamment (quel que ce soit son milieu social) par les messages publicitaires ou les émissions de téléréalité qui glorifient la compétition, l'argent facile, la vulgarité et la bêtise. Les philosophes de l'éducation aujourd'hui (comme Marcel Gauchet) alertent sur cette tension entre Société civile libérale et Ecole républicaine. Dans ce contexte politique et culturel, c'est un véritable défi pour la philosophie à l'école aujourd'hui : quelles perspectives et dynamiques nouvelles donner à ce mouvement pédagogique, à contre courant de l'air du temps libéral et conservateur ?

- Axe sociologique. Il serait aussi nécessaire de faire un bilan de type sociologique sur ces pratiques (ce qui n'a jamais été fait) : quel est leur état réel d'existence sur le terrain ? Sous quelles formes sont-elles le plus développées en France et dans le monde ? Comment les professeurs revendiquent-il leurs pratiques ("ateliers philosophiques", "moments citoyens", "débats réflexifs", "moments de langage") ?

- Axe pédagogique. Après plusieurs années de pratique dans les classes, quels bilans pédagogiques peuvent-ils être établis ? Nous nous intéressons tout particulièrement aux effets, aux conséquences, de ces pratiques : qu'apporte en retour la tenue de ces séances de débats philosophiques sur l'ensemble des autres savoirs et savoir être de l'élève ? Comment transforment-elles la relation entre le maître et l'élève ?

Une place sera particulièrement accordée aussi cette année à toutes les expérimentations auprès d'élèves en très grande difficulté, en souffrance psychique ou en situation de handicap. Cet axe sera ainsi en étroite relation avec les travaux du chantier "Philosoin" et la réflexion se développera alors à la croisée de la philosophie et de la psychanalyse : en quoi les ateliers philo à l'école, surtout avec des élèves en souffrance, permettent-ils de travailler l'estime de soi et par ricochet l'appropriation des autres savoirs scolaires ? Car, comme le rappelle fréquemment P. Meirieu (membre lui aussi du chantier et qui nous a envoyé sa contribution), ce sont souvent les pratiques pédagogiques développées à la marge du système éducatif (ici la philosophie auprès d'élèves en très grande difficulté scolaire ou souffrance psychique, scolarisés dans des sections spécialisées, et qui n'ont de fait pas le droit à l'enseignement traditionnel de cette discipline), qui ouvrent d'authentiques perspectives de réflexion et qui peuvent faire le plus évoluer les pratiques générales. De plus, comme l'a démontré J-C. Pettier dans sa thèse, ces pratiques permettent aussi de donner sens à l'idée "d'école inclusive", une école dans laquelle les différences (avec ce qui touche aux élèves en situation de handicap) sont présentes, reconnues et respectées.

Concrètement, il s'agit donc pour le chantier Philoécole, à partir des échanges, des réflexions et des mutualisations d'expériences, d'impulser la dynamique d'un véritable réseau (d'enseignants, de chercheurs, d'auteurs jeunesse) au niveau international qui aboutira à la création d'une base de données d'outils pour la recherche et la pratique. Ces documents permettront aussi à l'Unesco d'oeuvrer au développement de la philosophie avec les enfants.

Ainsi dans le cadre de la visée universelle, démocratique et humaniste de l'Unesco, et à l'heure où le Luxembourg vient d'inscrire officiellement la philosophie dans ses programmes de l'école primaire, nous espérons que le chantier Philoécole sera une force vive de propositions pour la généralisation et la légitimation de ces pratiques partout dans le monde.

Après les séances tenues à l'Unesco, la synthèse suivante a été proposée :

Des interventions et des échanges très riches ont permis au groupe de travail Philoécole de recentrer sa réflexion sur quelques questions saillantes qui semblent être des axes forts de nos recherches à venir :

- La question de la posture et de la légitimité des professeurs (surtout "des écoles") qui décident de se lancer dans ces pratiques innovantes et surtout souvent sans aucune formation. D'où l'importance de donner des outils précis (mallettes pédagogiques, bibliographies de supports - comme la littérature de jeunesse ou des manuels -, suivi à distance des enseignants par des formateurs) pour permettre aux professeurs non seulement de se lancer mais aussi de continuer sans se décourager dans la mise en place des ateliers à visée philosophique. L'un des objectifs du chantier Philoécle sera donc de concevoir ces outils pédagogiques, de les mettre à disposition des praticiens et de faire vivre une plateforme d'échanges pour mutualiser et soutenir les pratiques sur le terrain (en lien fort ici avec le chantier Philoformation).

- La question de l'intime et de l'affect, qui pose véritablement problème aux enseignants qui animent. Nous ne sommes dans ces pratiques ni dans la transmission d'un savoir formel ni dans un groupe de parole ou de thérapie. Pourtant souvent - et notamment avec des élèves en grande difficulté scolaire et souffrance psychique - l'intime s'invite dans les échanges. Comment gérer ce surgissement de l'affect ? D'où l'importance là aussi de penser des médiations culturelles pour mettre à distance la notion philosophique traitée (la littérature de jeunesse, le dessin, la peinture, la photo, etc.), en lien ici avec le chantier Philosoin.

- La question de la place des parents. Comment les associer à ces pratiques ? Les ateliers à visée philosophique permettent-ils d'instaurer aussi un autre rapport aux parents facilitant ainsi une meilleure réussite des élèves ? Ils sont aussi très demandeurs de conseils pour continuer à discuter à la maison de ces questions philosophiques. Il nous faudra aussi penser à leur donner des conseils de lecture, des liens vers des associations, les orienter vers des structures culturelles, comme les médiathèques, en lien ici avec le chantier Philocité.

- La question de la place de l'écrit dans ces pratiques. Les "DVP", comme leur nom l'indique, se sont surtout développées à l'oral et par la discussion (c'est pourquoi dans ma thèse A quoi pense la littérature de jeunesse ? je préférais parler de "PVP" - Pratiques à visée philosophique" - ce qui permettait d'inclure justement les pratiques de l'écrit philosophique). L'écrit non seulement permet la mise à distance et la réflexivité (et il est donc un outil très formateur pour la pensée critique), mais aussi l'évaluation finale dans le système éducatif est basée sur un écrit (la dissertation ou le commentaire). Il nous semble ainsi important de travailler beaucoup plus sur la place de l'écrit, les différentes formes qu'il peut prendre (cahier de philosophie, écriture de contes philosophiques, exposés sur l'histoire de la philosophie ou des notions progressivement plus complexes au fur et à mesure du parcours scolaire de l'enfant (en lien ici avec le chantier Philocursus).

Ainsi l'objectif du chantier Philoécole est de faire vivre la dynamique de ce réseau (de professeurs des écoles, de philosophie, de chercheurs, d'auteurs jeunesse, de parents), en travaillant à distance sur la conception et la mutualisation des dispositifs et des outils.

D'où un rendez-vous en mars/avril 2010 pour faire le point sur l'avancée de nos travaux et travailler à la rédaction d'un rapport de synthèse.

Il s'agit donc de donner des outils concrets (mallettes pédagogiques, bibliographies de littérature jeunesse et de différents supports), de mutualiser les expériences (pour donner à voir la diversité des pratiques), et de se doter d'une plateforme pour assurer cette mutualisation et répondre au besoin de suivi et de soutien des praticiens et des chercheurs.

3) Groupe de travail Philoformation : quelle formation à ces pratiques ?

Le chantier "formation" de Philolab est animé par Nathalie Frieden, maîtresse d'enseignement et de recherche en didactique de la philosophie à l'Université de Fribourg (Suisse) et Véronique Delille, formatrice à la discussion philosophique (courant lipmanien).

Contacts : natalia.frieden@unifr.ch et veronique.delille@gmail.com

Le chantier philoformation a pour objectif de produire une réflexion sur toutes les formations d'animateurs de DVP dans l'espace francophone. Ce chantier analyse aussi les formations en DVP données à des professeurs du secondaire. Le chantier tente de mettre en évidence l'originalité et la diversité des grands mouvements ou méthodes de DVP, mais aussi de toutes les constructions de nouvelles formations plurielles s'inspirant de ces grands mouvements. Enfin, le chantier travaille sur l'évolution de toutes ces formations, afin de comprendre comment elles tentent de toujours mieux répondre aux besoins et expectatives des personnes formées. Il s'intéresse donc aussi à toutes les dimensions didactiques permettant la diffusion des nouvelles pratiques.

Depuis qu'il y a des discussions à visée philosophique, ici et ailleurs, des formations à l'animation de ces discussions se sont organisées. Elles se sont construites dans le sillage de ce succès et dans l'urgence de la demande. Ces formations n'étaient souvent que des informations d'une matinée, certaines se sont développées sur plusieurs jours, certaines dans la solitude et l'isolement, d'autres avec un suivi, en créant des appuis et un réseau. Maintenant, ces formations existent depuis des années. Personne ne sait combien de formateurs forment, où ils sont, ce qu'ils font. Difficile également d'évaluer l'impact de ces formations : combien d'animateurs se sont lancés, combien continuent, se sont-ils senti assez outillés ou soutenus dans leur pratique ? Qu'est-ce qui, dans ces formations, contribue à générer des pratiques pérennes ? Comment les améliorer encore ?

Le but de notre atelier est donc de découvrir tout ce qui se fait dans la formation des animateurs.

- Il ne s'agit pas seulement de s'informer et de s'entraider, il s'agit de découvrir tout ce que ces formateurs ont inventé pour mieux aider et accompagner le besoin en formation des animateurs. Notre atelier se veut donc un lieu de mutualisation et de partage des inventions, des exercices, des solutions à des problèmes précis, des réflexions accumulées. Il y a un patrimoine à partager.

- Il s'agit ensuite et surtout de découvrir de quoi, et comment peut se composer une formation. En effet animer une DVP, quelle que soit l'école, ou le grand courant auquel on appartient, demande de former des compétences originales et nouvelles dans l'école, car animer, écouter, se décentrer sont des postures qui ne sont pas mobilisées par toute situation pédagogique. Ces compétences, il faut les former, elles ne tombent pas du ciel, et ne sont pas des dons.

- Au début les formations étaient simples, elles étaient construites surtout sur le modèle de "on va faire ensemble ce que vous allez faire ensuite avec les enfants". Depuis, cette structure originelle et fondamentale est restée, mais s'y sont ajoutés des exercices pour accompagner chez le futur animateur l'appropriation des outils, l'émergence de postures et de discernements lucides importants. Une réflexion s'est développée pour mieux évaluer ces trois cercles concentriques que sont les discussions avec les enfants, l'animation des discussions, les formations à l'animation de discussion. Aujourd'hui il y a une meilleure compréhension de tout le processus.

- L'oralité est une question de fond pour toute didactique de l'apprentissage du philosopher. Or les nouveaux programmes de plusieurs pays européens demandent une didactique de l'oralité, car c'est une compétence utile dans toutes les matières et peu développée dans la francophonie. Nos travaux contribuent à la didactisation de l'oral.

- Avec le développement de la philosophie dans bien des pays, la formation des animateurs est une question d'actualité importante et vitale pour le développement des discussions avec les enfants. Dans une perspective d'élargissement de l'apprentissage du philosopher dans les systèmes éducatifs, comme le préconise l'Unesco, la demande nationale et internationale est grande et les formateurs peu nombreux.

Notre atelier s'alimente de contributions théoriques sur les questions didactiques de fond, qui sont publiées, notamment dans Diotime, pour alimenter publiquement la réflexion.

L'atelier est constitué d'un groupe d'enseignants, formateurs, chercheurs intéressés par cette question (inscrits au dernier colloque 2009, il s'est enrichi en cours de route d'un groupe de chercheurs lipmaniens). Le groupe est international et pour le moment francophone.

De novembre 2009 à novembre 2010, le groupe a travaillé par des échanges nombreux, des réflexions, des remarques, un weekend de travail, ainsi que plusieurs contributions substantielles de :

  • Marie-France Daniel (Université de Montréal, professeure en philosophie de l'éducation, courant lipmanien).
  • Michel Tozzi (Université Montpellier 3, professeur émérite en sciences de l'éducation).
  • Isabelle Millon (courant Brenifier-Millon, philosophe-praticienne, Formatrice Institut de Pratiques Philosophiques, France).
  • Jean-Charles Pettier (professeur de philosophie à l'Iufm Créteil/Upec).
  • Samuel Heinzen (professeur de philosophie à la Haute Ecole de Fribourg, Suisse).
  • Geneviève Chambard (courant Agsas).
  • Audrey Bigot-Destailleur (courant lipmanien).
  • Nathalie Frieden (maîtresse d'enseignement et de recherche en didactique de la philosophie, Université de Fribourg, Suisse, courant pluriel)

Beaucoup de ces contributions ont déjà été publiées, et d'autres le seront dans un Diotime consacré aux questions de formation (mars ou avril 2011).

À l'issue du colloque, il est apparu que le travail du groupe de recherche sur la formation a évolué comme une discussion philosophique. Au début nous étions campés chacun sur notre position, centrés sur ce que nous étions venu dire, puis nous avons appris à nous écouter davantage, et finalement à construire ensemble. Nous sommes devenus une communauté de recherche. Et cela a fini comme à l'école : "Madame pourquoi il faut s'arrêter ?"

Notre groupe s'est agrandi. Il se compose de personnes de grande expérience et d'expériences différentes. Elles veulent travailler ensemble, et se réjouissent de le faire.

Plusieurs sujets nous occupent et nous préoccupent : le programme pour 2010-2011 sera le suivant :

  • Continuer à analyser, comprendre et divulguer les grandes écoles de DVP et la formation des animateurs, mise en place par chacune.
  • Découvrir les différentes formes de formations plurielles, saisir ce que ces formations prennent de chacune des grandes écoles et pourquoi. Analyser ce qu'elles ont en commun et ce qui les différencie. Voir en quoi elles représentent une possibilité nouvelle( ?) pour le futur de la formation.
  • Il est important de saisir et de dire le sens de tout ce que nous faisons dans notre formation : sens du dispositif, sens de la dynamique du groupe, sens de la régulation, sens des attitudes. Passer d'assener des vérités à ceux que nous formons, à mieux expliquer tous nos choix, et les incarner. Il y a une nécessité de lucidité.
  • Analyser mieux nos évolutions, car qui dit évolution dit adaptation à des besoins particuliers et proximité pragmatique de la réalité.
  • Approfondir le chantier très peu exploré cette année mais qui se révèle important, de l'analyse des ressentis des personnes formées, de leurs questions, de leurs peurs etc., et de nos façons d'y répondre. Il s'agit de comprendre aussi comment nos évolutions progressives sont une tentative de répondre à ces attentes et comment nous prenons dans d'autres approches, d'autres écoles, les moyens de construire cette réponse.
  • Construire un tissage de compétences professionnelles interconnectées. Il s'agit d'identifier les critères et les moyens pour avoir une expertise
  • Il est important de nous donner des moyens d'évaluation de nos formations, des animateurs que nous formons, et des progrès dans les groupes qui discutent. Il nous faut développer une réflexion sur cette question, des moyens performants, des grilles progressives et fines, des techniques d'utilisation de films d'animations, et des moyens pour analyser d'une façon simple, croisée et groupée ces vidéos de pratiques.
  • La recherche académique sur tous ces aspects est essentielle. Elle permet d'analyser les productions langagières, de mesurer les faits, de les comparer. Elle permet de mieux comprendre ce qui se fait, de constituer une base de compréhension plus affinée. Ainsi la recherche académique alimente la formation afin qu'elle soit mieux ajustée aux vrais besoins, et elle permet de comprendre ce qui se passe réellement. Il nous faut donc savoir et nous informer mutuellement de tout ce qui se fait dans la recherche.

Toute discussion est fondée sur des valeurs. Il faut passer des valeurs, aujourd'hui mieux identifiées, à l'identification des attitudes et des compétences nécessaires à l'actualisation de ces valeurs, il nous faut faire le point sur les exercices pour apprendre à mobiliser ces compétences, ainsi que sur les outils inventés et à inventer pour répondre au mieux aux besoins des animateurs que nous formons. Il y a un travail de lucidité et d'évaluation à poursuivre. Il faut découvrir ce que chacun fait dans ce domaine, il faut analyser la richesse et l'efficacité de ce que chacun de nous a mis en place de son coté, il faut mutualiser toute cette richesse afin que tous puissent en profiter.

Pour ce faire, il nous faut :

  • Recruter de nouveaux membres pour enrichir notre recherche. Nous en avons en France, au Canada en Belgique et en Suisse. Mais nous comptons nous ouvrir au reste de l'Europe.
  • Organiser d'autres moments communs, par écoles, par groupes d'affinité, par amitiés, avec d'autres groupes, afin de se donner le temps de se connaître, de mieux travailler, de partager des expériences, mais aussi de pallier à une certaine solitude que l'isolement de nos travaux engendre.
  • Recevoir d'autres contributions sur la question, et les faire connaître.
  • Créer une banque de données concrètes, exercices, réponses à un problème, moyens de former un geste, ou une attitude, modalités d'accompagnement de l'animateur après la formation initiale etc., afin de pouvoir partager et apprendre de ce patrimoine.
  • Penser les passerelles entre les différents groupes de travail de Philolab : philoécole, philoformation et philocursus

Nous avons décidé de travailler de la façon suivante :

1. Nous voulons tenter de garder le lien le plus fort entre nous de façon à ce que nous puissions tous nous informer du travail commun et nous enrichir de ce que chacun fait.

2. Nous voulons nous réunir par groupes d'intérêts, et écrire le fruit de nos recherches personnelles, communes ou partagées. Nous avons l'intention de produire des articles sur certains domaines importants pour la formation.

3. Nous voulons approfondir tout ce que nous avons commencé ici afin de composer un rapport conséquent pour l'Uesco.

4. À l'horizon nous voudrions construire ensemble un manuel de formation des animateurs.

Pour ce faire, nous avons décidé de continuer à communiquer sur une plateforme forum, de nous écrire, mais aussi de chercher à faire une fois ou deux par année des week-ends de travail qui réunissent ensemble les chercheurs qui travaillent sur le même sujet.

4) Groupe de travail Philosoin : philosophie et soins de l'âme

Ce groupe est animé par Jean Ribalet, pédopsychiatre et psychanalyste, et Marie Agostini, Ater à l'Université d'Aix-Marseille

Contact : ribalet@wanadoo.fr et agomarie@free.fr

Nous présentons le travail d'une année de recherche des 14O chercheurs et praticiens internationaux de Philosoin. Le chantier est à mi-parcours puisque nous avons reçu 70 contributions. C'est ce mi- parcours que nous présentons.

L'objectif de Philosoin est de penser ensemble ce que la philosophie peut apporter au soin de l'âme et, inversement, ce que le soin peut apporter au philosopher.

Nous avons donc entrepris de faire dialoguer ce couple, sans que chacun renonce à ce qui le fonde et qu'il est.

Pour la méthode, nous avons demandé aux praticiens et chercheurs d'effectuer "des coups de sonde" dans leurs champs respectifs mais, si possible, en direction du champ de l'autre.

Nous avons ainsi effectué une revisite de la préhistoire et de l' histoire de l'âme avec le soin. Quelques guides (Ulysse, Platon, Galien, Plotin, Montaigne, Pussin, Freud et Ricoeur) nous ont aidés à borner cet état des lieux, à dessiner les nouvelles frontières et territoires du philosopher et du soin de l'âme.

Nous avons en parallèle esquissé quelques repères dans les souffrances et maladies de l'âme moderne.

Nous avons dégagé deux territoires :

  • celui des troubles du rapport à l'identité (quand cette identité est en nomansland, migrante, précaire, en rupture, au corps malade ou troublé, appelée par certains hyperactifs, ou handicapés ...) ;
  • et celui des troubles du rapport à l'autre (quand cet autre est sexué, quand l'autre est imaginaire, littéraire, virtuel, en réseau...).

Puis nous avons mis en chantier de nouvelles frontières, celles du croire, du progrès (avec la médicalisation de l'existence et l'idéologie de la rationalité et de l'insécurité), et de nouvelles frontières du sensible, pour penser une question qui paraît émergente : comment penser une écologie de l'esprit? Autrement dit, c'est autour des questions "qu'est-ce qui nous fait tenir ?" ou "à quoi tenons -nous ?" que nous travaillons.

L'ouverture du chantier Philosoin dans ce colloque se fera à travers trois itinéraires en terre humaine, où nous nous mettrons l'esprit en mouvement.

Un itinéraire australien, avec les soins de l'âme, par le dreaming, avec Barbara Glowczewski, ethnologue, directrice de recherche au CNRS, chercheure au Laboratoire d 'Anthropologie Sociale, Collège de France.

Un autre aux antipodes, en Amérique du Nord (Canada) : les soins de l'âme par le philosopher avec le dispositif de "La traversée", qui sera présenté par Catherine Audrain, fondatrice et directrice générale de La Traversée (Canada), relayée dans un autre atelier par la commission scolaire Marie Victorin.

Quant à Soumaya Mestiri, maîtresse-assistante en Philosophie, Faculté des Sciences Humaines et Sociales, Université de Tunis, elle nous proposera de réfléchir sur le prendre soin, le care.

Marie Agostini présentera, dans un premier atelier, une brève synthèse des éclairages théoriques et pratiques, et les nouveaux défis qui se posent aujourd'hui. Nous interrogerons ainsi le "prendre soin de la mémoire" avec Cathy Leblanc, maîtresse de Conférences en philosophie à l'Université Catholique de Lille (France) ; le "prendre soin par la spiritualité", avec Michel Desmedt, inspecteur de morale catholique dans l'enseignement de la Communauté Française (Belgique) ; et "Comment la philosophie prend soin de la sorcellerie ?", avec Alice Atéba, chercheure à Université de Youndé 1, qui a réussi, finalement, à passer les frontières pour venir du Cameroun. Des questions permettront d'ouvrir un débat sur les frontières du savoir et du croire, sur la philosophie et la religion, les frontières qui distinguent/ opposent deux soins de l'âme.

Une deuxième table ronde interrogera les nouvelles "problématiques émergentes", avec les participations de Thanh Nghiem, présidente fondatrice d'Angénius, ingénieure des Mines, professeure à HEC et écrivaine (France) ; de Bernard Stiegler, philosophe, directeur de l'IRI, Centre Georges Pompidou, président de "Ars Industrialis" (France), et de Barbara Glowczewski, qui a introduit le chantier.

Ces questions articulées sur les contradictions du soin, nous amèneront à lancer une réflexion sur ce qu'il en serait d'une écologie de l'esprit. Enfin nous dégagerons les axes de recherche et d'action que nous développerons en 2010-2011 :

  • développer le réseau de recherches et d'actions autour du care, notamment avec le réseau qui s'est constitué à l'Unesco ;
  • développer le réseau de recherches et d'actions qui se constitue autour d'un prendre soin de l'être vivant, autour d'une écologie de l'esprit, avec notamment Ars Industrialis (Bernard Stiegler), Angénius (Thanh Nghiem), et la participation de Barbara Glowczewski, pour nous aider à penser en réseau.

Nous envisageons deux rencontres, en mars et juin 2011, pour développer ces deux axes.

5) Groupe de travail Philocité : quelles pratiques philosophiques dans la cité ?

Le groupe de travail est animé par Romain Jalabert, Ater à l'Université Montpellier 3, et Gunter Gorhan, co-fondateur du café philo des Phares à Paris.

Contact : romainjalabert@yahoo.fr et gunter.gorhan@orange.fr

Le chantier Philocité a pour visée principale de recenser et d'interroger les diverses pratiques actuelles de la philosophie dans la cité. Dans un café, une université populaire, un théâtre, un cinéma, une médiathèque, une prison, un musée, un foyer de jeunes travailleurs, au cours d'un repas ou au détour d'une déambulation, etc., qu'y a-t-il de commun et/ou de différent dans ces pratiques plus ou moins nouvelles de la philosophie ? Comment fonctionnent-elles ? Quels en sont les acteurs ? Quels publics ? Qu'en est-il de leur sens, de leur "utilité" (individuelle et sociale) et de leur impact ? Quelles nouvelles pratiques philosophiques dans la cité de demain ?

Le chantier Philocité est un vaste projet qui s'articule autour de trois objectifs majeurs :

  • Constituer une communauté de recherche autour de toutes les (plus ou moins) nouvelles pratiques philosophiques qui ont (ou auront) cours dans la cité aujourd'hui (ou demain), connues ou inconnues à ce jour.
  • Recenser au fur et à mesure, de manière la plus détaillée possible, toutes ces pratiques de la philosophie dans la cité.
  • Interroger toutes ces pratiques à la fois par le biais de textes (témoignages, analyses, réflexions, etc.), de rencontres mais aussi en choisissant des thèmes communs de réflexion, susceptibles d'être abordés dans les différents lieux de pratique, afin de faire ensuite l'objet de restitutions (par le biais de comptes rendus).

Les mots de Diderot ("Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire !") et de Canguilhem ("La philosophie n'est pas un temple, mais un chantier") expriment sans doute l'essentiel de Philocité, entreprise à la fois audacieuse et délicate, dans un champ très vaste et diversifié de pratiques plus ou moins dérivées du café philosophique et du cabinet de philosophie.

Animées par le célèbre voeu de Diderot, ces pratiques laissent entrevoir une tension forte entre l'urgence d'une crise sociétale, qui à bien des égards les fonde et les justifie, et le souci de prendre le temps de penser ces mêmes pratiques qui tentent de répondre à cette situation de crise. Le sujet de discussion choisi, de manière inopinée, pour lancer le chantier Philocité au mois de novembre 2009, exprimait bien cette tension incontournable : "Philosopher sans toit ni travail, est-ce pensable ?".

Depuis les 9èmes Rencontres sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques, informations, textes et perspectives s'accumulent au fur et à mesure qu'un groupe de travail se constitue : près de vingt contributions reçues ou en cours d'écriture (France, Belgique, Allemagne, Autriche, Suisse et Italie), en réponse à un appel à contributions déclinant quinze axes de recherche et de réflexion. Par ailleurs une enquête sur les cafés philosophiques, à travers la diffusion en ligne d'un questionnaire électronique durant les mois de mai et juin 2010, a donné lieu à une quarantaine de retours (dont trente parfaitement exploitables). Les informations recueillies au cours de cette enquête ont été communiquées au cours des 10èmes Rencontres sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques.

Outre les deux séances plénières d'ouverture et de clôture, trois plages horaires ont été entièrement consacrées à Philocité pendant les Rencontres : l'une avec Eve Depardieu et Emmanuel Mousset ("De l'école à la cité, rendons la philosophie populaire !") ; une seconde avec Laura Piccioni, Luisa de Paula et Marco Salucci ("La philosophie dans la cité en Italie : pratiques et investigations"). La dernière fut un moment d'échange où nous sommes revenus plus longuement sur tout ce qui avait précédé, sur les contributions reçues, et où nous avons discuté des orientations souhaitables de Philocité. Une synthèse de l'enquête sur les cafés philosophiques a été proposée à cette occasion.

Vous pouvez toujours, si vous ne l'avez encore fait, remplir le questionnaire en ligne sur les cafés philosophiques à partir du lien suivant :

http://www.jotform.com/cafephilo/1080343342

6) Groupe de travail Philotravail : la philosophie dans les entreprises et organisations

Il est animé par Claire de Chessé, directrice de Philolab, et Gabriel Dorthe, directeur exécutif du projet Socrate (Suisse).

Contact : philolab@wanadoo.fr et gabriel.dorthe@projet-socrate.com

Il a organisé aux 10ièmes Rencontres sur les NPP un colloque spécifique sur les "Utopies managériales", dont nous rendrons compte ultérieurement.

7) Groupe de travail : Philo-Insertion.

Le deuxième jour du colloque, un atelier a été consacré à la fondation d'un nouveau chantier de Philolab : Philo-Insertion. Cet atelier a été co-animé par Bruno Magret (bruno.magret@sfr.fr) et Jean-Pierre Bianchi (jeanpierre.bianchi@philolab.fr). Une vingtaine de personnes y ont assisté et les objectifs du chantier y ont été exposés et clarifiés : faire appel aux ateliers de philosophie et aux Nouvelles Pratiques Philosophiques pour soutenir, appuyer, étayer, enrichir les actions de réinsertion auprès des publics précarisés, en état de solitude, de faiblesse, de rupture... Il y avait des éducateurs de la PJJ, des enseignants spécialisés dans les publics en difficulté, des éducateurs dans des structures spécialisées pour les séjours de rupture, des animateurs d'horizons différents mais oeuvrant pour des publics en difficulté ou marginalisés... Tous sont d'accord sur la pertinence de l'outil des NPP dans les actions en faveur de la réinsertion.

Nous voulons faire l'état des lieux de ces pratiques déjà employées dans ce domaine et inventorier les lieux où peut s'étendre notre champ d'action : les centres éducatifs, les différentes structures de la PJJ, la Mission d'Insertion de l'Education Nationale, les Missions locales, les écoles de la seconde chance, les foyers de jeunes travailleurs, les structures caritatives comme le café des petits frères des Pauvres... Chaque participant est invité à faire ce travail de recensement autour de lui de façon à ce qu'on puisse étendre progressivement notre réseau. Tous les membres présents à l'atelier sont d'accord pour contribuer à nos recherches et apporter leur collaboration. Tout le monde se retrouve sur l'idée qu'il y a urgence d'agir et que nous devons entreprendre un véritable combat contre l'exclusion. Nous avons prévu un premier regroupement du chantier vers le mois de mars. C'est un moment fondateur que nous avons vécu, un moment fondateur et prometteur.

La conclusion du colloque revenait à Sylvie Queval, de l'Université Lille 3 :

"Ce n'est certainement pas une synthèse de ces très riches journées que proposeront ces quelques mots de clôture. Ce sont, tout au plus, quelques impressions d'un témoin très bienveillant.

Nous le savions dès les conférences d'ouverture, tout concourrait à faire de ces deux journées, des moments exceptionnels et nous n'avons pas été déçus. Les ingrédients de la réussite étaient là :

  • Paris, ville de la journée mondiale de la philosophie, a donné de l'éclat à nos rencontres ; l'Unesco était en fête.
  • Nous fêtions le dixième anniversaire des rencontres autour des NPP et, si l'on peut dire qu'en 2001 (première rencontre) on vivait une odyssée de l'espace, on peut estimer qu'en 2010 l'espace nous est grand ouvert, nous avons atteint notre vitesse de croisière.
  • C'était aussi le premier anniversaire des activités "entre" deux rendez-vous annuels, cela a, à coup sûr, dynamisé nos retrouvailles.
  • C'était encore la première année d'implication du CIPH
  • Et puis (et j'en oublie sans doute) ce fut la création d'un septième chantier, philoinsertion, très prometteur.

Autrement dit nous venons de vivre des moments importants, de ces moments dont on dit plus tard avec une certaine fierté "j'y étais".

Comment caractériser ces moments ? Comment qualifier le changement de ton assez perceptible ? Je retiens trois traits dominants :

  • Ce temps fut celui, pourrait-on dire, du "coming out", et la sortie du film Ce n'est qu'un début n'y est pas pour rien. La réalisatrice, Cilvy Aupin, disait hier avoir voulu faire connaître les NPP par ce film, avoir voulu sensibiliser les politiques et les parents d'élèves à cette nouvelle façon d'aborder la question du sens hors des options religieuses. J'ai été frappée d'entendre souvent et dans divers ateliers des expressions comme "sortir de l'ombre" ou "en finir avec l'enfouissement". Oui, 2010 semble bien l'année d'accès des NPP à l'espace public.
  • Ce temps fut aussi celui de l'inscription dans le politique. Cette année, l'Unesco n'est plus seulement le gentil invitant, on attend de nous des propositions précises et finalisables. Le temps des rêves et projets fous est terminé, celui de l'action concrète est arrivé.
  • Ce temps me semble aussi avoir été celui de l'approfondissement. Il semble maintenant bien entendu de tous que la pratique de la philosophie change quelque chose là où elle se fait, la classe, l'entreprise, la cité, le centre de soins ... Il semble acquis qu'on tire du mieux être de cette pratique ; reste à comprendre pourquoi. La question "comment cela se fait-il ?", "d'où cela vient-il ?" est revenue dans plusieurs ateliers. Un peu dégagées du comment, les NPP peuvent aborder le pourquoi.

Finalement, c'est quelque chose comme une maturité qui s'est manifestée lors de cette dixième rencontre. Les promoteurs des NPP n'ont visiblement rien perdu de leur enthousiasme juvénile, mais les NPP ont acquis une certaine tranquillité sereine. Mieux inscrites dans les pratiques sociales, mieux reconnues, elles sont moins sur la défensive et semblent en mesure de s'autoriser à renouer avec les APP (anciennes pratiques philosophiques), de s'autoriser à se penser dans leur continuité. Le philosopher ne semble plus l'adversaire de la philosophie.

Il nous reste à prendre rendez-vous pour nos onzièmes rencontres et à faire avancer nos chantiers".

Le colloque : De la transmission des savoirs à la formation des compétences

Le comité d'organisation des 10ème Rencontres sur les NPP a organisé le lendemain de ces Rencontres à l'Unesco un colloque avec le collège international de philosophie (CIPH), sur la question controversée de l'approche par compétences dans le système éducatif, et plus particulièrement dans la philosophie.

Nous publierons dans le prochain Diotime (n° 48), le compte rendu des conférences sur la question, avec une synthèse des enjeux.


(1) Et tout particulièrement de Mme Moufida Goucha, responsable de la section Sécurité Humaine, Démocratie et Philosophie, et M. Phinith Chantalagsy, chargé de programme dans la section.

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